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06/09/2010

Le garçon qui se taisait

le garçon.jpgCoup de coeur de Fabienne Jay, bibliothécaire à la médiathèque Carré d'Art, Nîmes.

  

Katharine, dame très âgée, évoque ses souvenirs. Petite fille, elle rencontre Jacob, un garçon mystérieux. Jacob ne parle pas mais prend soin des animaux. Il aide les vaches et les chevaux à mettre bas. Il s’intéresse aux machines et à leurs mécanismes. D’ailleurs, il passe des heures à admirer la meule du moulin.

Jacob vit dans son monde qu’il protège farouchement. On parle d’un autisme. Au début du 20e siècle, la médecine ignore encore les traitements adaptés à cette maladie. Jacob ne bénéficie donc d’aucun soins. Mais il semble intégré à la vie du village et sa famille l’aime. Le père de Katharine, médecin du village, connaît bien Jacob et dissipe chez  sa fille  les troubles liés au comportement étrange de celui-ci.

 

A travers son histoire, Katharine nous décrit aussi une époque. Son village vit les  bouleversements techniques avec l’apparition de la voiture, l’utilisation de l’appareil photographique. Emerveillements et craintes traduisent tous ces changements excepté le terrible malheur qui va s’abattre sur la tranquillité du village. Les mentalités, elles, en effet, évoluent très lentement. La rigidité sociale impose des situations inhumaines. La sœur de Jacob, Nelly, tombe enceinte de Paul, le fils d’une grande famille bourgeoise. Employée comme bonne, Nelly retourne chez elle, effondrée. Elle rejette le bébé à sa naissance.

 

Jacob, alors, décide de confier l’enfant à la mère de Katharine. Il traverse le village dans le froid glacial de l’hiver, pénètre subrepticement dans la maison de Katharine et dépose l’enfant dans son lit. Mais, l’enfant succombe à ce voyage.

La dimension dramatique du roman de Lois Lowry naît de la situation irrationnelle dans laquelle Jacob s’inscrit. Il obéit à une logique interne construite à partir de son expérience d’adolescent solitaire. Jacob reproduit ce qu’il connaît, des gestes simples qu’il pense salvateurs mais avec une part d’innocence meurtrière. Il ne peut sauver l’enfant et participe involontairement à sa mort… 

Katharine nous aide à décrypter la société de son époque à travers son regard bienveillant. Elle croit en l’innocence de Jacob et compatit au destin tragique de l’enfant. L’amitié unique qui l’unit à Jacob trouve ses origines dans  le mystère du monde de l’enfance, vierge de préjugés et ouvert à de nombreux possibles.

Elle décide de devenir médecin et l’on comprend l’influence de Jacob dans son choix. Katharine se marie avec son meilleur ami Austin et reçoit en cadeau de mariage le moulin, lieu emblématique de la rencontre avec « Le garçon qui se taisait », à jamais lié à sa vie.

 

Roman à partir de 12 ans.

 

L’Ecole des loisirs( Medium), 2005.172 pages. 10 euros.

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