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16/09/2011

Je m'appelle Marie

juifs,déportation,drancyMarie et sa famille sont réfugiés à Villeneuve lez Avignon pour fuir les menaces qui pèsent sur eux. En cet hiver 1943, les Allemands occupent la France et les déportations des Juifs se multiplient. Juif, un mot dépourvu de signification pour la jeune fille de 17 ans, qui n'a jamais mis les pieds dans une synagogue et dont la famille se dit laïque et républicaine. Tant bien que mal, elle essaie d'avoir une vie de jeune fille avec le bac en vue et un petit ami. Jusqu'au jour où sa famille est dénoncée. Un matin de juillet, des miliciens débarquent chez eux et les emmènent à Marseille, à la prison Saint-Pierre. Seule la grand mère arrive à se faire passer pour une non juive et s'en sort. Dans les cachots humides de la prison, les prisonniers apprennent à vivre dans la promiscuité, la crasse, la chaleur étouffante... C'est là que Marie se lie d'amitié avec Perla, une jeune femme qui lui apprendra peu à peu la culture juive. Très vite, les prisonniers sont conduits à Drancy dans la région parisienne. Là, Marie et les siens se plient au règlement très stricte, à la perversité du système, subissent les privations, les brimades. Dans ce camp de transit, règne une curieuse hiérarchie sociale en fonction du degré "d'aryenneté" et des antécédents militaires. Grâce au père de Marie, militaire, la famille n'est pas déportable tout de suite, d'autant plus que la grand mère se démène à l'extérieur pour rassembler de fausses preuves et prouver qu'elle n'est pas juive. Beaucoup d'autres, notamment les enfants et les personnes âgées, partent vers l'Allemagne... Commencent de longues semaines de doute, pendant lesquelles Marie est affectée à l'atelier de couture des étoiles jaunes,  jusqu'à l'espoir enfin, le transfert aux entrepôts Lévitan à Paris. C'est là que les biens des juifs déportés sont amenés et triés par d'autres juifs, pas encore déportables, protégés par leur statut social ou leur situation. La vie y est beaucoup moins dur qu'à Drancy. Mais le répit ne dure pas. Marie et sa famille sont renvoyés à Drancy, avant d'être déportés vers l'enfer de "Pitchipoï", cette destination inconnue vers l'Est (surnom utilisé par les Juifs de France pour désigner Auschwitz-Birkenau).

A travers la voix de Marie, sa tante qu'il n'a pas connue, Jacques Saglier raconte l'histoire de sa famille, victime de l'horreur et de l'absurdité du système nazie et de la complicité des autorités françaises. Le roman témoignage de ce chirurgien cancérologue, dont c'est le premier roman, est illustré de lettres et de documents administratifs qu'il a retrouvés dans les archives familiales. Une histoire poignante, au coeur du système de déportation français. Dès 13 ans.

C.B.

Gallimard Scripto. 320 pages.  11 euros.

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